Cie. L.'.Atalante.
 
L’Atalante est un espace de création mettant en correspondance théâtre, arts plastiques, musique et écriture.

Collection magnétique

Collection : regroupement d'objets correspondant à un thème.
Magnétique : Le magnétisme est un phénomène physique, par lequel se manifestent des forces attractives ou répulsives d'un objet sur un autre.

Riche d’une belle expérience de création avec Sarah Fourage et Mathieu Zabé au cours de la saison 2014/2015, je leur propose aujourd’hui de travailler sur des petites formes, en tant qu’interprètes mais aussi force de propositions.
Il s’agit de se plonger dans la thématique, rebattue s’il en est mais jamais épuisée, de l’amour.
Amour dans tous ses états, urgence, attirance, attraction irrésistible, le champ est ouvert à l’infini.
Fragments de textes, jeu théâtral, actions plastiques, travail du son et de la lumière vont se mêler, se répondre et former une matière à entendre, voir, éprouver, à travers  un cycle de formes brèves et atypiques élaborées ensemble.
Les performances, de 15 à 60 minutes, pourront également être données dans des lieux non théâtraux : musées, galeries, lieux privés.
Elles pourront être proposées en première partie d’autres spectacles.
Elles pourront aussi former un ensemble au fur et à mesure de leur création.

Christiane Hugel

L’amour comme quête, comme enquête.

Ainsi nous cheminons sur les sentiers des associations d’idées qui tracent, en filigrane, nos propres histoires, dans ces choix que nous faisons nous imprimons notre propre vision d’un thème mille fois exploré mais dont nous ne voulons pas saisir une unique essence : au contraire l’approcher, le soupeser, est-il pierre de Bologne ou plume, quel poids fait-il cet amour dont nous parlons sans cesse et qui occupe nos jours ?
Quelle en est l'alchimie ?

 

 

Tourments/fragments

Première pièce de la collection, premier fragment d’un tout à construire.
Pas d’intrigue, pas de dénouement, de multiples chutes, une couleur qui s’impose, des mots qui rebondissent.

Partir des Souffrances du jeune Werther de Goethe, éloge de la passion amoureuse et de ses tourments ; s’emparer comme en écho des Fragments d’un discours amoureux de Barthes et rêver une forme qui mette en résonance deux œuvres, deux univers singuliers qui s’attireraient, ainsi que deux amants – ainsi que deux aimants.
Au romantisme de Goethe répond l’analyse fine de Barthes, méthodique explorateur. Le lyrisme de l’expérience amoureuse extrême trouve son contrepoint dans une langue plus réflexive et distanciée.
Barthes construit un « petit théâtre » où se joue l’attente de l’être aimé, Werther se consume, tel une comète. Les tempos sont différents, la place du « je » aussi, deux siècles les séparent et cette attirance de l’un pour l’autre nous attire aussi, ce magnétisme nous intrigue ; nous voulons en savoir plus et donner à voir le fruit de notre recherche. A travers ces différents prismes, c’est une vision fragmentée mais amplifiée du sentiment amoureux qui doit se mettre à jour parmi les musiques et les objets complices.

Notes pour Tourments/fragments

Evocation de la photographie, chère à Barthes.
Installation d’un fond et d’éclairages de studio, lampes inactiniques, révélation, coups de flash de foudre, instantanés, lanternes magiques.
Devant ce fond, un cube s’ouvre comme un théâtre en miniature, livrant des objets, des images, des textes, des paysages ; lieu de transformation, magasin de l’Imaginaire, chambre noire d’un rouge flamboyant.
Expériences de physique, champs électromagnétiques, plaisir du texte, présence des sons, des mots en tant que matériau plastique.
Le dispositif, très léger, est d’environ 3x3 m et 2m70 de hauteur.
Le noir est nécessaire.

 

Extraits

Wilhelm, que serait pour notre cœur le monde sans l’amour ? Ce qu’une lanterne magique est sans lumière. A peine la petite lampe est-elle introduite, que les images les plus variées apparaissent sur la muraille blanche. Et ne fussent-elles que des fantômes passagers, cela fait pourtant notre bonheur, lorsque nous nous arrêtons devant, comme des enfants joyeux, nous extasiant sur ces apparitions merveilleuses. Aujourd’hui je n’ai pu aller voir Charlotte : une société inévitable m’a retenu. Que faire  ? J’ai envoyé chez elle mon domestique, uniquement pour avoir quelqu’un près de moi qui eût approché d’elle aujourd’hui. Avec quelle impatience je l’attendais ! avec quelle joie je l’ai revu ! Je l’aurais embrassé, si j’avais osé m’en croire.
On conte que la pierre de Bologne, si on l’expose au soleil, en absorbe les rayons, et qu’elle éclaire quelques temps pendant la nuit. Il en était de même pour moi de ce garçon. L’idée que les yeux de Charlotte s’étaient arrêtés sur son visage, sur ses joues, sur les boutons de son habit et le collet de son surtout, me rendait cela précieux et sacré. Dans ce moment, je n’aurais pas donné mon valet pour mille écus. Sa présence me faisait du bien… Dieu te garde d’en rire ! Wilhelm, sont-ce là des fantômes, si nous sommes heureux ?
Goethe, Les souffrances du jeune Werher. 18 juillet.
ATTENTE. Tumulte d’angoisse suscité par l’attente de l’être aimé, au gré de menus retards (rendez-vous, téléphones, lettres, retours).
Il y a une scénographie de l’attente  : je l’organise, je la manipule, je découpe un morceau de temps où je vais mimer la perte de l’objet aimé et provoquer tous les effets d’un petit deuil. Cela se joue donc comme une pièce de théâtre.
Le décor représente l’intérieur d’un café ; nous avons rendez-vous, j’attends.
Dans le Prologue, seul acteur de la pièce (et pour cause), je constate, j’enregistre le retard de l’autre ; ce retard n’est encore qu’une entité mathématique, computable (je regarde ma montre plusieurs fois) ; le Prologue finit sur un coup de tête : je décide de « me faire de la bile », je déclenche l’angoisse d’attente. L’acte I commence alors ; il est occupé par des supputations : s’il y avait un malentendu sur l’heure, sur le lieu ? J’essaye de me remémorer le moment où le rendez-vous a été pris, les précisions qui ont été données. Que faire ? Changer de café ? Téléphoner ? Mais si l’autre arrive pendant ces absences ? Ne me voyant pas il risque de repartir, etc. L’acte II est celui de la colère ; j’adresse des reproches violents à l’absent : « Tout de même, il (elle) aurait bien pu… », « il (elle) sait bien… » Ah ! si elle (il) pouvait être là, pour que je puisse lui reprocher de n’être pas là ! Dans l’acte III, j’atteins (j’obtiens ?) l’angoisse toute pure : celle de l’abandon ; je viens de passer en une seconde de l’absence à la mort ; l’autre est comme mort : explosion de deuil : je suis intérieurement livide.
Roland Barthes, Fragments d’un discours amoureux. L’attente.

Tourments/fragments

Sur une proposition de Christiane Hugel

Durée : 1 heure environ

Conception : Sarah Fourage, Christiane Hugel, Mathieu Zabé
Thomas Clément de Givry à la technique
Jeu : Sarah Fourage et Mathieu Zabé

Deux étapes de création :
Création d’une forme courte à la Baignoire en décembre 2016 puis en tournée en décembre 2017 dans les médiathèques avec la Médiathèque départementale de l’Hérault.
Création de l’intégralité en février 2018 à la Baignoire de Montpellier.

Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes est paru aux éditions du Seuil.